|
La pluie a plusieurs effets ; entre autres, elle use les fonds de culotte. Bellenger a le derrière nu ; Bottecchia aussi, Tiberghien de même.
Alors Toberghien crie au lot :
- Encadrez-nous quand nous traverserons Lille, à cause des demoiselles. On ne peut tout de même pas passer pour des dégoûtants !
La pluie avait cessé ; elle reprend. Le vent coupe la figure, les hommes roulent tête baissée, on dirait qu’ils sont maquillés comme des fakirs. La boue ne leur fait pas un masque, mais des dessins originaux sur tout le corps. Et leur nez sert de rigole à l’eau qui tombe.
Hirson. Une vieille dame dit :
- Il faut que ces messieurs soient endurants pour faire des coups pareils !
Alors Bellenger répond :
- Nous somme plus endurants que nos culottes ; autrement, sur quoi roulerions-nous, grand-mère ?
Les forçats de la route (1924), Albert Londres (Editions Arléa)
|