Les News

Votre inscription, enfin possible sur un Endroit...

Comment procéder ? Une fiche d'inscription à remplir et une validation rapide par le Webmaster (sécurité oblige !)


 

Sur Un Endroit... un nouveau site "Comme je vois le Monde" de Mireille Disdero


 

Notre galerie photos reprend du service, à visiter et se laisser la regarder...


 

...sur la Terre

...sur la Terre

Dunkerque, Albert Londres PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Albert Londres   
Samedi, 21 Août 2010 00:43

Dunkerque, 18 juillet 1924

 

 

Et pour l’avant-dernier coup, ce fut une autre chanson. Elle dura vingt heures quarante-cinq exactement : ce fut certainement l’une des plus jolies de la tournée.

 

Cette autre chanson commença exactement à minuit juste, à Metz, et se termina à neuf heures moins un quart, ce soir, à Dunkerque. Prenons-la par son début.

 

Il pleuvait et le vent soufflait ; il faisait un temps à ne pas mettre un cochon d’Inde sur le balcon.

 

Traînant leur vélocipède, les coureurs, d’un pas mou, apparurent un à un et, sous un vent debout, le départ fut donné.

 

Voyez par vous-mêmes ce que cela put produire des douze coups de la nuit, à quatre heures du matin. Des hommes qui avaient froid partout, sur qui la pluie tombait et qui, dans la nuit, s’en allait pédalant. C’était le spectacle.

 

Dés qu’il e fit plus noir dans le ciel, il fit noir sur les hommes ; je veux dire que les hommes, qui étaient partis blancs à minuit, se trouvaient « nègres » à quatre heures du matin. Cela est si vrai que mon confrère belge ne put se retenir de leur crier :

-          Eh bien, vous en avez des gueules !

Mais les coureurs ne répondirent pas.

Les coureurs avaient raison. Qu’auraient pu dire quelques heures plus tard !

 

Cette fois ce n’était pas de la poussière que leur envoyaient les autos, mais des jets de boue. Mes amis étaient devenus de jolis cocos !...

 

Il faisait de plus en plus sombre et triste.

Les routes du nord étant pavées de cubes de pierres remarquables par leur irrégularité, les soixante pèlerins rescapés du Tour de France, tour que l’on appelle aussi « Tour de Souffrance », roulaient sur les trottoirs et en changeaient à chaque instant, comme s’ils cherchaient une place où ils auraient moins mal.

 

On traversait des pays dont les noms n’étaient pas inconnus : Sedan, puis Lille, puis Armentières. Sur des plaques, on lisait Ypres, dix-sept kilomètres. Puis on franchit aussi l’Yser. Bref, cela nous rajeunissait de quelques années.

Les forçats de la route (1924), Albert Londres (Editions Arléa)

 
 
Joomla 1.5 Templates by Joomlashack