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Esquivant les nids-de-poule remplis d’eau croupie et de restes de copeaux tombés des camions de livraison, il se dirige d’un pas décidé vers le fond du terrain où il entend siffler une scie électrique en train de découper une planche guidée par les mains d’un homme balèze, blond et vêtu d’une combinaison. Il se campe en face de lui. Le type ne semble pas s’être aperçu de sa présence, tellement il est concentré sur la chute de bois que les dents ont abandonnée. Tout à coup, sans quitter son travail des yeux, il lui lance :
En quoi puis-je vous être utile, commissaire ? Bonjour.
Lascano sort la photo de Biterman et la plaque sur l’établi.
Vous savez qui c’est ?
L’homme ferme un œil voilé et de l’autre il l’observe avec indifférence.
Biterman. Pardon ? Biterman, un usurier. Vous le connaissez. Il est mort ? Si Gardel est bien mort, alors lui aussi. Quelles étaient vos relations avec lui ? Quand j’étais au bord du gouffre il m’échangeait de l’argent contre des chèques. On l’a enfin descendu. Comment vous le savez ? S’il était mort de la grippe vous ne seriez pas ici. Vous savez qui aurait pu avoir des raisons de l’assassiner ? Oui. Qui ? Moi… et la moitié de l’annuaire téléphonique. Ce type était un pourri. Pour être franc, je suis bien content de savoir qu’il est en train de bouffer les pissenlits par la racine. Vous l’avez tué ? Heureusement pour moi, quelqu’un m’a précédé. Où étiez-vous dans la nuit de mardi ? Vous voyez le bar qui est en face ? Allez-y et demandez. Je regardais la branlée que Galíndez mettait à Skog. En plus des patrons et du serveur, il y avait une petite vingtaine de personnes. On a pas mal traîné. Comment ça, ça passait à la télé ? Maintenant que vous le demandez, non, en fait on a écouté le combat à la radio. C’est juste que ce commentateur… Cafarelli. C’est ça, Cafarelli, il commente tellement bien qu’on s’y croirait. Vous avez l’adresse de ce… Biterman ? Oui. Gladys ! Quoi ? Donne à monsieur l’adresse de Biterman. Merci beaucoup.
Lascano s’éloigne en direction de la jeune fille qui l’attend à la porte du « bureau ». dans son dos, la grosse voix du menuisier résonne :
Si vous trouvez celui qui l’a tué, dites-lui que je prends en charge ses frais d’avocat.
L’aiguille dans la botte de foin, Ernesto Mallo (Rivages noir nº 745) |