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« … Mais comment tu fais pour défendre des pédophiles… Moi, je ne pourrais pas… Les assassins, à peine jugés qu’ils sont déjà dehors… Et les proxénètes… Si on touche à un cheveu de mon enfant… La castration, c’est LA solution… C’est avec l’argent du crime qu’on te paye, non ?... T’aimerais bien qu’on te viole ?... Et les Gitans, avec quoi ils achètent leurs Mercedes ?... » Je hèle Jo, le patron du troquet, et lui commande un rhum. J’ai besoin d’un petit coup de pouce pour endurer avec le sourire ce ramassis de conneries.
Bon, j’ai tort de me plaindre. Bergamote, malgré un prénom à coucher dehors et un penchant pour les lieux communs, est une fille sympa et patiente. Cela fait quinze jours que je me refuse à elle sans qu’elle ne trouve rien à redire. Il parait que c’est la nouvelle donne dans cette génération : des femmes prêtes à tout et des hommes inaccessibles et fleur bleue. Moi, j’ai quarante-cinq ans et je suis un pervers, mais vu de l’extérieur, ça donne le même résultat : je n’aparais pas comme un garçon facile.
Il est malgré tout urgent que nous passion à un autre sujet avant que l’envie de la sauter ne me quitte.
- Montre-moi plutôt ce que tu as acheté. Toute contente de me faire plaisir, elle vide le contenu d’un sac des Galeries Lafayette sur la banquette. Ça y est, je trique. C’est un bon début. Faut dire qu’elle est drôlement mignonne depuis qu’elle a accepté de se teindre les cheveux en roux.
- J’ai trouvé une jupe noire avec des fleurs rouges… - Bravo ! C’est presque la même que la fille sur le tableau de Schiller. - Un chemisier beige décolleté avec des manches courtes. J’espère que c’est bien chauffé chez toi parce que je vais me les geler. - Oui… oui… - Ok… Et là… cette magnifique paire de bas Dior avec le porte-jartelles en satin noir qui va avec…
Je suis très contrarié ; cette idiote n’a rien compris à mon projet masturbatoire.
- Je t’ai dit que la fille du tableau porte des jambières en laine grossière noire qui tombent en accordéon sur ses chevilles… Jamais je ne t’ai parlé d’un déguisement de salope… - On n’est pas à un détail près… des bas en soie retenus par cette merveille, c’est tout de même plus excitant que des vieilles chaussettes en laine… Bergamote cherche du regard un appui de l’autre côté du comptoir. Jo approuve en connaisseur tout en essuyant ses verres.
- Je sais encore ce qui m’excite, non ? (Elle soupire). Ou bien on va au bout de ma mise en scène, ou bien on laisse tomber, mais il est hors de question de faire les choses à moitié. - Bon… bon… je vais les acheter, tes jambières. Je me dépêche, les magasins ferment dans une demi-heure. Elle m’embrasse et sort.
- Ça ne s’arrange pas, toi ! - Encore, Jo, pour bien faire, elle ne devrait pas avoir plus de seize ans.
Commis d’office, Hannelore Cayre (Points P2065) |