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Blanchette sur sa tête s’est peinte plus pute qu’elle n’est. D’abord, elle a plâtré son teint pâle –car on bronze peu quand on « fait » le Boulevard la nuit et « récupère » le jour sur un galetas du Squatt- elle a plâtré, donc, sa pâleur, forcément suspecte en Californie, de poudre caramel.
Ainsi enfarinée, elle s’est, sans risque, assombri et étiré le regard, alourdi les cils, ambré les paupières, passé l’arcade au marqueur. Mais tout ce charbon atténue-t-il vraiment l’excessive rétraction de ses pupilles (oui : la codéine fait ça aux yeux) ? Elle en est persuadée et, ma foi, c’est ce qui compte. Son nez s’est contenté d’un peu de poudre de riz, mais sur la bouche, elle a étalé une gouache épaisse et brillante qui décourage le baiser. Des cerceaux pendent à chacun de ses lobes. Sa tignasse, qu’elle a longue, blonde et fournie, éclate au-dessus de son front en une sorte de chignon nouvelle cuisine : une choucroute à l’ananas.
Sous ce masque, et la moue farouche qui va avec, elle a mis, ce soir, pour aller applaudir les débiles, cotillon simple et souliers pointus.
On dira « cotillon simplissime », même, puisque sous le blouson de cuir grand ouvert, Blanchette ne porte qu’un soutien-gorge noir à paillettes, juste assez haut pour couvrir la lisière supérieure de ses aréoles, et dont les balconnets rehaussent plus que nécessaire (et qu’il ne serait décent) des nichons qui, à l’âge qu’elle a, tiendraient aisément bon tout seul.
Plus bas, sous son nombril exhibé, avis à quiconque se mêlerait de l’inviter à danser : qui s’y frotte s’y pique ! un aigle sculpté dans du métal doré déploie ses ailes et pointe le bec, le dos collé sur la grosse boucle ronde d’une ceinture presque aussi large que le chiffon qu’elle recouvre et qu’on ose appeler jupe. Plutôt un bandeau serre-tête en lycra noir dans lequel elle s’est miraculeusement faufilée, que ses hanches pleines étirent, d’où ses cuisses jaillissent, sur lequel le regard se rue. Le genre de chose qui, porté sur un collant épais, un fuseau ou un caleçon long, suspend déjà le geste des terrassiers qui le voient passer sur le trottoir d’en face, mais qui, porté sur rien de tout ça, trahit la distraite qui a oublié son pantalon, ou l’« exotic dancer » qui n’a pas eu le temps de se changer. Viennent alors ses longues jambes –nues, donc-, enfoncées dans des bottes de cow-boy –rouges, s’il vous plait-, sur lesquelles, détail coup de grâce, Blanchette a bouclé des éperons qui, guiling, guiling, tintinnabullent gaiement à chacun de ses pas.
On l’a compris, elle est grotesque.
Fuck, Laurent Chalumeau (Grasset)
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