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Hong Kong, Joseph Kessel PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Joseph Kessel   
Jeudi, 24 Janvier 2013 06:51

Nous allions avec Georges de marché en marché, de boutique en boutique.

Là, séchaient des herbes et les plantes destinées selon des recettes millénaires à guérir les maux les plus subtils. Ici de petits serpents se tordaient dans une vitrine et j’apprenais que leur chair succulente était réservée à de riches gourmets, car ils coûtaient très cher.

 

Plus loin un vieil homme était assis sur le seuil d’un entrepôt plein de grands coffres évasés, d’un bois magnifique, tout ornés de caractères brillants : c’était un fabricant de cercueils.

 

Et il y avait des marchands de charmes en métaux précieux, et les rues montantes où, sur les escaliers, entourés de vieilles maisons penchées, couvertes d’enseignes frémissantes et chargées d’hiéroglyphes, des femmes sans âge vendaient l’encens, les poissons secs et la bonne aventure.

 

Nous passions devant les banques et les comptoirs de change. A leurs portes ou leurs guichets se tenait toujours un Sikh enturbanné et barbu, fusil au bras. Et Georges m’assurait que ces gardes se trouvaient là beaucoup plus pour leur effet décoratif, pour la face, que pour la nécessité –car un seul homme armé d’un vieux fusil ne pouvait rien, disait-il, contre des gens résolus, ainsi que plusieurs agressions l’avaient bien montré.

 

Nous nous rendîmes à Repulse Bay où l’un des plus somptueux hôtels du monde, comme allongé sur un tapis de fleurs, dominait un golfe suave, semé d’îlots et de jonques. Et aussi dans le village d’Aberdeen où les filles qui ramaient sur les sampans, vêtues de longues tuniques et de pantalons d’un bleu sombre, coiffées d’un chapeau de paille rond et rabattu sur le front –exactement pareilles à celles que l’on voit sur les estampes et les gravures anciennes- et toutes éclatantes de santé, de gentillesse, de fraîcheur marine, assaillaient le passant étranger avec un tumulte naïf et débonnaire pour le conduire vers les restaurants flottants, qui montraient dans leur aquarium des poissons que, pour leur couleur, on appelait des poissons perroquets.

 

Georges me fit également visiter un bar célèbre par les filets qui protégeaient les galeries du premier étage et dont les mailles solides servaient à empêcher que, dans les bagarres entre marins en bordée, les combattants ne se fracassent les os en tombant sur les dalles du rez-de-chaussée, avant la charge des policiers civils et militaires.

Et quand Georges m’eut conduit en tous ces lieux, et pris ainsi le temps de me connaître davantage, il demanda :

-       Vous intéresserait-il de voir des choses que n’ont jamais vues ni les voyageurs, ni les journalistes, ni les diplomates, ni les hommes d’affaires étrangers, ni les Chinois fortunés, même quand ils ont eu Hong-Kong pour lieu de naissance ?

Alors Georges m’emmena à travers Kowloon.

 

Hong-Kong et Macao, Joseph Kessel (Pocket nº5246)

 
 
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