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En passant la frontière, Kem Nunn |
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Écrit par Kem Nunn
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Samedi, 14 Janvier 2012 02:45 |
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C’est ce que lui inspirait à chaque fois le fait de traverser la frontière, systématiquement. Le Mexique était pour lui comme la thérapie du fourgon. Les choses se passaient mal au Mexique. Elles devenaient incontrôlables. Elles tombaient toujours dans le bizarre. Prenez cette meute de chiens, par exemple, celle qui lui collait au train depuis près d’une heure, et il jeta un nouveau coup d’œil dans son rétroviseur… cherchant par le plus petit moyen possible à évaluer son environnement immédiat, à contrôler son entourage, parce que, eh bien… peut-être que c’étaient eux. Peut-être que c’étaient ces chiens qui le contraindraient d’une façon ou d’une autre à dévoiler son jeu, qui le pousseraient à la faute. Peut-être que c’étaient eux qui l’attendaient au tournant.
Il n’y avait qu’ici, bien sûr que de tels monstres pouvaient même commencer à exister, bâtards strabiques de couleur indéfinie et dont la forme résultait d’expérimentations génétiques qui avaient mal tourné. L’un des chiens avait la tête d’un berger allemand sur le corps d’un teckel. Un autre avait ce qui ressemblait bien à un os de poulet en guise de queue. Ils couraient avec l’endurance d’un coyote. Cela faisait au moins trois kilomètres qu’ils le coursaient, le long d’un canyon sans nom où il s’était engagé suivant les instructions de Magdalena, perdu bien évidemment. Le plan qu’elle lui avait tracé avait atterri sur le plancher, à ses pieds, et la trace des semelles en caoutchouc de ses sandales avait rendu illisible les lignes, noms de rues et numéros qu’elle avait pu y tracer pour son édification –le raccourci qui l’avait conduit ici.
Tijuana straits, Kem Nunn (Sonatime editions)
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