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Pourquoi pas Turin, Marie-Louise Audiberti PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Marie-Louise Audiberti   
Jeudi, 16 Février 2012 21:51

 

Le cheval de Nietzsche, celui qu’il a tendrement pris dans ses bras, ce cheval maltraité par son maître et brusquement enlacé par cet inconnu à grosse moustache éperdu de compassion, je ne l’ai retrouvé, à Turin, que sur les films anciens projetés dans l’étourdissant Musée du cinéma. Oui, c’était sûrement l’un de ces chevaux fourbus qui traînaient leur charge par les rues, charrette ou fiacre. Fouette cocher, pour l’homme au bord du gouffre c’est le signe fatal. Mais c’est à Turin que naquit Ecce homo. Livre mince qui les contient tous. Même sur l’alimentation, l’auteur énonce des préceptes. Une phrase me saute aux yeux : « La meilleure cuisine est celle du Piémont. » Nous y voilà. Et il parle aussi « du calme et aristocratique Turin ». J’aurais pu m’attarder aussi sur Mozart, qui séjourna à La dogana vecchia. Dès l’entrée de l’hôtel, le compositeur vous accueille avec son buste charmant, ses partitions, et brusquement la ville s’envole, plus légère, toute de notes cristallines, elle sort de ses gonds. La chambre étant libre ce jour-là, j’ai pu la visiter, en m’étonnant tout de même, comme pour la chambre de Proust, à Cabourg, que le tout venant ait le droit d’y venir coucher son intimité comme si de rien n’était.

Ville dure et belle, à l’ouest les montagnes, à l’est les collines , ville que le train rejoint après avoir tracé sa route entre des montagnes rocheuses, le long de rivières torrentueuses aux eaux vertes. Ville que l’on se surprend à aimer avec ses rues quadrilatères, ses arcades, ses monuments baroques, le vent qui tourbillonne dur et sec, et aussi ses cafés où le vin vous est servi avec des zakouskis comme les tapas, en Espagne. Turin n’est pas Venise. Rien n’est fait pour vous séduire, pas de canal sinueux, ni de palais de couleur. Pia, turinoise érudite, m’assure que la couleur reviendra bientôt. Déjà la ville a été restaurée, bientôt elle sera repeinte aux couleurs de l’Italie...

 

Marie-Louise Audibert (Extrait, In Revue Ressources)

 
 
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